L'Otan a
demandé ce dimanche 2 mars le déploiement d'observateurs internationaux en
Ukraine pour résoudre la crise pacifiquement et a appelé la Russie à retirer
ses troupes, tout en maintenant la porte ouverte au dialogue avec Moscou.
De notre
bureau de Bruxelles,
La réalité
est d’abord juridique. Les deux traités et les infléchissements successifs des
priorités données à l’Alliance atlantique ne prévoient pas le cas d’un conflit
armé international hors des frontières de ses pays membres. Et cela bien que
quatre d’entre eux (la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie et la Roumanie) aient
des frontières communes avec l’Ukraine.
Deux pays de
l’Otan ont par ailleurs des intérêts particuliers en Ukraine : la Turquie,
inquiète du sort de ses « cousins » tatars de Crimée, et la Grèce, préoccupée
de celui des Hellènes de Marioupol. Mais l’Ukraine, qui n’est liée à l’Otan que
par des accords de partenariat, ne peut se prévaloir de ceux-ci pour appeler
quiconque militairement à la rescousse.
Ce dimanche,
les deux réunions du Conseil de l’Atlantique Nord – l’une en interne, la
suivante avec des représentants ukrainiens – n’ont donc logiquement pu
déboucher que sur une nouvelle condamnation du viol par Moscou des règles les
plus élémentaires du droit international. Une condamnation tempérée par un
appel au dialogue et par le souhait de contacts directs avec Moscou par le
biais du Conseil de coopération Otan-Russie. Eu égard aux circonstances, l’Otan
ne pouvait guère faire davantage.
L’UE
incapable de parler d’une seule voix
Si l’Otan
est ficelée juridiquement, l’Union européenne, elle, se montre une fois de plus
incapable de parler d’une seule voix, alors qu’elle est confrontée à l’amorce
d’une crise majeure à ses frontières. Plusieurs pays de l’UE souhaitaient en
effet convoquer d’urgence une réunion au Sommet des chefs d’État et de
gouvernement et quelques-uns voulaient envisager l’imposition de sanctions à
l’encontre de Moscou. Mais un accord n’a été possible que sur cette deuxième
réunion en dix jours des ministres des Affaires étrangères. On devrait y
échanger des informations sur la situation sur le terrain et mettre en commun
les éléments recueillis auprès des protagonistes.
L’UE n’a à
sa disposition que quelques instruments diplomatiques pour exprimer sa
réprobation : la suspension des travaux préparatoires du G8 prévu en juin
à Sotchi, par exemple, ou encore l’annulation du déplacement des ministres des
Sports aux Jeux paralympiques dans cette même ville – ce qui paraîtra à
beaucoup quelque peu dérisoire.
Les chefs de
la diplomatie des Vingt-huit devraient donc lancer un énième appel à la raison,
ils devraient encourager Kiev à tenir bon et surtout à ne pas engager une
épreuve de force militaire, et s’en remettre à une hypothétique médiation de
l’Organisation de sécurité et de coopération en Europe (OSCE).
Les moyens
de pression des Occidentaux sur le Kremlin ne peuvent être qu’économiques. Mais
l’imbrication des échanges, notamment en matière de gaz, avec la Russie est
telle que tout boycott ou interdiction d’exporter serait sans doute en
violation des règles de l’OMC. Cela nuirait également aux intérêts économiques
des Européens eux-mêmes, qui vérifient une fois de plus les risques politiques
liés à une surdépendance énergétique vis-à-vis d’un seul fournisseur.
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