Transports au Mali : Les compagnies du chaos
- Publié le 7 mars
Dépêches dumali.com
Manque de ponctualité, vétusté des parcs, inconfort notoire et risques éventuels pour la sécurité des passagers… voilà le lot quotidien des compagnies de transport maliennes qui, à longueur de journée, s’évertuent à saboter la précieuse notion de la satisfaction de la clientèle.L’après-Indépendance (à partir de 1960) a vu l’éclosion d’une flopée de compagnies de transport au Mali. Ces vingt dernières années, c’est à un foisonnement des compagnies de transport que l’on a assisté. Aujourd’hui encore, de nouvelles sociétés émergent.
Avoisinant ainsi la trentaine, selon l’ordre d’immatriculation du Conseil malien des transporteurs routiers (CMTR), ces sociétés font le plus souvent l’objet de critiques virulentes eu égard à leurs piètres prestations. Plantureusement installées dans différentes gares routières à Bamako et présentes sur toutes les routes nationales et internationales hormis celles de Guinée-Conakry, elles interviennent non seulement dans le transport urbain mais aussi interurbain : Bamako-Ouagadougou, Bamako-Sénégal, Bamako-Mauritanie, Bamako-Côte-d’Ivoire…
La mauvaise image qu’elles véhiculent n’empêche pas les jeunes, notamment ceux qui sont déscolarisés, à y faire carrière. En effet, les sociétés de transport constituent un véritable gisement d’emplois pour des milliers de chômeurs.
L’exemple de la compagnie Gana Transport l’illustre assez bien. Logé au flanc de la colline de Koulouba au Nord-Est de Bamako, cette société créée il y a plus de cinquante ans compte à ce jour trois cent dix agents, qui y travaillent à temps plein ou de façon saisonnière.
En… perte de vitesse
Binkè Transport, située sur la rive droite de la capitale, où sont logées la plupart des compagnies, est l’une des plus vieilles entreprises de transport du Mali. Elle met le cap sur le rajeunissement de son équipe. Ainsi, elle a mis à la retraite ses vétérans Objectif : reconquérir ses lustres d’antan. Mais hélas, le rajeunissement ne s’est pas étendu au matériel, si l’on en croit Alassane Maïga, un chauffeur de la société, habitué de l’axe Bamako-Mopti-Gao. Il déplore les conditions de travail et l’état de vétusté très avancé des bus de sa compagnie, regrettant que la direction n’ait pris aucune mesure pour remplacer les véhicules. Ainsi impute-t-il les incessantes pannes à l’irresponsabilité de ses directeurs, mais aussi, ajoute-t-il, aux autorités dont « le dernier souci est de soigner le secteur des transports ».
Au banc des compagnies en perte de vitesse figure Bittar Transport, celle de l’homme politique Jeamille Bittar, candidat à la dernière présidentielle. La ponctualité attribuée, à grand renfort de publicité, à ses véhicules depuis les premières heures de son lancement n’est, en effet, qu’un grotesque leurre.
Le cadet des soucis de l’État
Dotées pour la plupart d’un parc vieillissant, les compagnies de transport ne sont désormais plus que l’ombre d’elles-mêmes. « De véritables ferrailles roulantes craquant à tout bout de champ, plongeant de façon très récurrente les passagers dans un désarroi total », ironise Broulaye Traoré, un forain de Téné, village situé à mi-parcours entre Ségou et Mopti où se tient une foire tous les jeudis.
Au nombre des compagnies les plus boudées par les usagers, on remarque les plus anciennes. À savoir, Somatra, Balazan, Binkè, Bittar, Bani… qui paraissent de plus en plus essoufflées sur les grands axes du pays.
Un passager nous donne un témoignage assez édifiant à propos du tronçon Bamako-Ségou-Mopti. Sa colère est manifeste et poignante. En effet, nous confie-t-il, le bus de la compagnie Binkè est tombé au moins cinq fois en panne entre Bamako et Ségou lors de son dernier voyage, qui remonte au mercredi 26 février dernier.
Le problème est que l’État malien n’intervient pas dans ce secteur pourtant si fortement sollicité des usagers, même s’il affirme injecter tous les ans plus de quinze milliards de francs CFA dans les travaux d’entretien des routes nationales. Son approche devrait être davantage structurelle.
Pour soulager les passagers des transports publics qui subissent un véritable calvaire, ces compagnies comptent aujourd’hui sur d’éventuelles subventions pour mieux organiser le secteur. En l’absence de réelles capacités d’investissement innovant, les opérateurs attendent désespérément le secours de l’État et de ses partenaires.
Par David Dembélé
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