Sangara Bintou Maïga, présidente de l’association des femmes et parents de bérets rouges disparus : «Haya et son groupe avaient voulu présenter nos enfants comme des soldats tués au front à Konna»
Sangara
Bintou Maïga, présidente de l’association des femmes et parents de bérets
rouges disparus
Silencieuse
depuis le début de l’arrestation des militaires membres de l’ex-junte et complices,
l’association des parents et épouses de militaires bérets rouges assassinés a
tenu dimanche 23 février 2014 une assemblée générale à son siège sis à Faladié.
Les membres sont venus de partout pour écouter et prendre certaines
informations, le but était d’informer l’opinion nationale et internationale sur
certaines réalités de l’affaire des bérets rouges assassinés. Après l’assemblée
générale, nous avons échangé avec la présidente de cette association Sangara
Bintou Maïga pour qui tous les militaires arrêtés savent pertinemment ce qu’ils
ont fait. Elle avoue aussi avoir des informations sur l’enrichissement illicite
du général Haya et son entourage, car détenant les images des 9 villas que Haya
a achetés à Bamako.
D’entrée de
jeu, elle nous a expliqué comment ils ont porté plainte, quand ils ont appris
la disparition de leurs enfants et époux. Ce processus a commencé par une
déclaration qu’ils ont déposée au niveau du Camp I de Gendarmerie à
Bamako. «On nous a dit plusieurs fois qu’ils vont faire des recherches. On
a fait beaucoup de va-et-vient», dit-elle. Sans se décourager, les bonnes dames
ont persévéré dans leur démarché jusqu’à ce jour où la gendarmerie a enfin
décidé de prendre leurs auditions. Ainsi, chacun d’entre eux a pu expliquer ce
qu’il sait de la disparition de son enfant ou époux. Selon la présidente, c’est
un policier qui a fait ce travail. Lequel doutait après les auditions de la
possibilité de retrouver vivants les militaires déclarés disparus. Du moins, à
en croire Sangara Bintou Maïga. Elle enchaîne : «C’est après tout cela que
les auditions des différents parents ont été transmises au juge d’instruction
Yaya Karembé, avec les contacts des victimes».C’est ainsi que, dit-elle, «dès
la réception des documents, le juge Yaya Karembé a commencé son travail, à
partir des contacts qui se trouvaient sur les différentes auditions, après les
avoir appelé un à un». «C’est pour vous dire que ce n’est pas aujourd’hui que
le juge Karembé a commencé à écouter les gens ; ça a commencé par nous.
Nous avons donné toutes les informations, même si au début on ne comprenait pas
trop pourquoi tout ça», avoue-t-elle.
Selon
Sangara Bintou Maïga, le juge Karembé travaille sur la base des déclarations de
tous les parents de victimes qui ont été écoutés au Camp I. «Le juge n’a rien
inventé. Mais nous avons davantage été rassurés par les propos du président de
la République qui dit que nul n’est au-dessus de la loi. Nous le félicitons
pour cela, qu’il continue de faire son travail et nous sommes avec la justice»,
déclare-t-elle.
Mais
auparavant, le désarroi des femmes des victimes et leurs mamans était tel
qu’elles avaient voulu marcher nues dans les rues de Bamako. «On a communiqué
avec nos époux et nos enfants, trois jours après, on nous a informés qu’ils
sont morts. On était dans le droit de savoir parce qu’entre Bamako et Kati, il
ne doit pas y avoir une nouvelle Taoudénit», confie-t-elle. D’après Sangara
Bintou Maïga, aucun des militaires interpelés aujourd’hui ne l’est injustement,
d’autant qu’ils ce qu’ils ont fait pour mériter aujourd’hui la prison. «On nous
a raconté toutes sortes de balivernes, on nous a traités de tout. Ils ont même
fait des documents attestant que nos époux et enfants ont été tués lors de
l’attaque de Konna, ou lors de la bataille de Tessalit. Mais Dieu merci, nous
avons eu toutes ces informations et nous connaissons ceux qui ont signé tous
ces faux documents. Leur but, c’était de faire croire aux gens qu’ils sont
morts au front, alors qu’ils étaient dans des charniers éparpillés dans les
environs de Kati. Ils ont oublié qu’ils ont présenté nos enfants à la télé.
Kola Cissé a été présenté à la télé, ça nous avait rassuré parce que pour nous,
on ne peut montrer quelqu’un à la télé et le tuer après. Nous avons ces images,
nous avons les communications téléphoniques de nos enfants ; nous avons
les images des tortures. Nous avons les preuves qu’on les a bandés les yeux
avant de les tuer. Nous avons des documents irréfutables contre Haya et son
groupe», soutient mordicus Sangara Bintou Maïga. Et d’ajouter : «Nous
avons nos preuves, que personne n’accuse le juge Karembé ! C’est nous qui
avions demandé que justice soit faite afin que ce qui est arrivé à nos enfants
ne se reproduise plus dans notre pays».
Par
ailleurs, les parents des victimes et leurs épouses affirment avoir confiance
en la justice de notre pays. Mais ils souhaitent que le procès de cette affaire
soit organisé afin que ça serve de leçon pour le pays et le monde. Pour les
victimes, il faut que le président de la République reste sur sa voie, celle de
la vérité et de la justice pour tout le monde. Sangara Bintou Maïga et les
membres de son association exhortent IBK à ne pas écouter les hommes politiques
qui ont mis ce pays en retard.
Amadou Haya
Sanogo a acheté 9 villas en 7 mois
Parlant
spécifiquement d’Amadou Haya Sanogo, Sangara Bintou Maïga, explique celui-ci,
en faisant le coup d’Etat affirmait vouloir mettre le pays sur les rails.
«Mais, pour nous, il est venu pour s’enrichir. En 7 mois, il a acheté 9
villas à Bamako. Nous savons où se trouvent les 9 villas ; nous avons les
images. Nous sommes dans des familles de militaires, nous connaissons les
salaires des militaires. On se demande comment il a eu tout cet argent en si
peu de temps. Pour tous les membres du groupe de Haya, nous savons où se
trouvent leurs parcelles, villas en chantier et villas terminées»,
fulmine-t-elle. Aussi croit-elle savoir : «quand tu veux éliminer tout le
monde en les mettant dans une grande fosse, réserve t’en une partie, car tu finiras
toi-même par les rejoindre». Sangara Bintou Maïga ne décolère pas à l’égard des
membres de l’ex-junte : «Dire que ce groupe a traité ATT de tous les mots.
Mais on voit et comprend maintenant ce qu’ils voulaient en réalité. Après les
bérets, il (Amadou Haya Sanogo) avait commencé à tuer certains de ses
proches ; tous ceux qui ne répondaient pas à ses appels étaient torturés
et tués. Ce n’est pas un mensonge, les preuves existent aujourd’hui».
Selon la
présidente, Sangara Bintou Maïga, «les actes que Haya et son groupe ont posé ne
sont pas dignes des Maliens parce que, dit-elle, ce n’est pas humain. Aucun
président malien n’a fait comme lui. Des militaires avec de l’eau minérale, de
l’alcool à gogo, des femmes et des voitures de luxe avec des dons à gauche et à
droite. Ça devrait interpeller tous les Maliens. Haya a tué presque tout son
entourage. À ce rythme, si IBK suivait Haya, lui-même n’allait pas échapper à
cet homme. Il allait l’induire en erreur. Nous demandons à IBK de suivre son
chemin, nous, les femmes, faisons confiance à la justice et à notre pays».
KT
Aminata
Diarra
Mlle Aminata
Diarra, petite sœur du caporal Malamine Diarra
«Blonkoro a
voulu me corrompre»
«Depuis le
30 avril 2012 nous n’avons plus de nouvelles de notre grand-frère. Il est béret
rouge, mais il travaillait au génie militaire. C’est après avoir quitté son
travail lors des événements que nous n’avons plus de nouvelles de lui.
Jusqu’à présent, on ne sait pas où il se trouve. Je suis allée plusieurs fois à
Kati pour avoir des nouvelles le concernant. Je pouvais aller à Kati trois fois
dans la même journée. Une fois, un policier m’a frappée du côté des cellules
des détenus à Kati. C’est après qu’on m’a conduite chez Blonkoro Samaké. Ce dernier
m’a montré les différentes listes de militaires disparus : il y avait une
liste des détenus, une autre des gens qui sont supposés morts au front et la
liste des blessés. Sur aucune des listes ne figurait le nom de mon frère,
le caporal Malamine Diarra. Blonkoro Samaké m’a fait tourner en bourrique.
Comme mon frère, les 21 disparus n’avaient pas leurs noms sur les différentes
listes qu’il m’a montrées. Blonkoro s’est même rendu chez nous pour dire que
mon frère avait fuit, sous le prétexte qu’il n’était pas à Kati. Après, il m’a
fait plusieurs propositions. Mais j’ai tout refusé même l’argent qu’il me
tendait ! Je lui ai dit que ça n’en valait pas la peine. Aujourd’hui les
gens disent beaucoup de choses en ville dans l’ignorance totale de la réalité de
cette affaire. Ceux qui n’ont pas vécu notre situation ne peuvent pas savoir ce
que nous avons subi comme humiliations, menaces de mort et intimidations. C’est
pourquoi nous demandons aux autorités de poursuivre cette affaire, d’organiser
le procès afin que la réalité éclate au grand jour. Nous encourageons le juge
d’instruction à continuer son travail, parce qu’il détient les preuves pour ce
faire».
Madame
Diallo Aminata Fall
Madame
Diallo Aminata Fall, mère de M’Bouye Diallo
«Nous
demandons que justice»
«J’ai
cherché mon enfant partout depuis le début cette affaire. Il est introuvable.
Je suis allée chez Amadou Haya Sanogo pour obtenir des nouvelles de mon fils.
Ce jour-là, il m’a demandé comment mon fils avait été arrêté. Je lui ai
dit que c’est moi qui l’avais réveillé quand des gens prétendant venir de Kati
ont frappé à notre porte. Ils m’ont fait comprendre qu’ils sont des amis de
M’Bouye. C’est de la cour que j’ai appelé mon fils, bouilloire en main. Il m’a
repris la bouilloire pour aller aux toilettes, c’est en ce moment que moi j’ai
ouvert la porte aux militaires de Kati. Ils ont envahi notre maison avant de
procéder à l’arrestation de M’Bouye, qui est béret rouge, son frère béret vert
ainsi que mon mari. Ils ont libéré par la suite mon mari et mon autre fils qui
sont tous deux des bérets verts, mais ils ont gardé M’Bouye. Depuis ce jour,
j’ai fait tout pour voir mon fils, sans succès. C’est après que j’ai appris
qu’ils les ont exécutés avant de les enterrer dans une fosse commune. Nous
demandons aux Maliens de nous comprendre, surtout les femmes, mêmes celles qui
n’ont pas d’enfants doivent avoir des enfants d’autrui avec eux. On veut tout
simplement savoir ce qui s’est passé. On veut savoir si ce que dit le président
IBK : «nul n’est au-dessus de la loi» est une réalité. Pour nous, les gens
doivent laisser le juge Karembé faire son travail, parce qu’il nous a écoutés
avant les militaires. C’est leur tour qu’ils répondent de leurs actes. Ce sont
nous les femmes et mères des victimes qui avions fait nos déclarations et
demandé justice à notre pays. Dieu aime le Mali parce que le projet que le
groupe des Haya avait pour le Mali n’était pas une bonne chose. L’affaire de
nos enfants est une petite partie de ce projet et IBK le sait très bien
maintenant, parce qu’il a accès à tous les documents cachés et visibles du
Mali. Nous ne demandons que justice».
Madame Maïga Zenabou Touré
Madame Maïga
Zenabou Touré, mère de Aliou Boncana Maïga
«Ils ont
présenté mon fils à la télé comme étant un mercenaire»
«J’ai quitté
Mahina pour venir à Bamako parce que mon fils avait été enlevé et déclaré
disparu. Il était béret rouge. Il a été arrêté dans une Sotrama quand il
rentrait à la maison. C’était le lendemain du 30 avril 2012. Depuis, on n’a
plus de nouvelles de lui. Et pourtant, c’est bien vif qu’il a été conduit au
Camp de Kati par des hommes armés. Ils l’ont fait descendre d’une Sotrama en
plein jour. Ensuite, il a été présenté à la télé comme mercenaire, on lui
tirait par les oreilles en lui demandant de regarder la caméra. Je connais le
militaire qui a présenté mon fils comme étant un mercenaire. Lorsque je suis
arrivée à Bamako, je suis allée voir Amnesty international, la Croix Rouge,
Fatoumata Siré Diakité, Oumou Touré de la Cafo ; de même, je me suis
rendue chez les procureurs, les juges, aux camps I et II pour chercher mon
enfant. Je me suis rendue à Kati, partout, mais je n’ai eu aucune nouvelle de
mon enfant. C’est après que la gendarmerie a pris nos auditions avant de les
transmettre au juge Karembé. Pour nous, Karembé ne fait que son travail sur la
base des documents que nous avons remis à la gendarmerie. Est-ce que chercher à
savoir comment son fils est mort, surtout de cette façon, est un crime ?
Nous sommes oui ou non dans un Etat démocratique ? Nous sommes dans des
familles de militaires, nous avons l’habitude de pleurer le décès de nos
enfants et maris sur les champs de bataille. Mais, nos enfants ne peuvent pas
disparaître comme ça entre Kati et le camp para ! Il faut que justice soit
faite ! Nous ne demandons que cela.».
Issiaka
Keïta, père d’Abdoul Karim Keïta
«Haya avait
un peloton d’exécution»
«Je suis un
ancien militaire. Mon fils Abdoul Karim Keïta fait partie des 21 disparus. Je
vis à Markala. Le jour des événements, c’est un de mes parents qui m’a appelé
de Bamako pour me dire que mon fils sortait à la télé et qu’on le traitait de
mercenaire. Il était 5 heures du matin. Je suis venu de ce pas à Bamako. Dès
mon arrivée, j’ai été obligé de rester à la maison, parce que la ville était en
ébullition. Mais le deuxième, sous les balles, j’étais à Kati. Ce jour, il y
avait du monde devant le bureau de Haya. J’ai été conduit par un lieutenant
devant le bureau de l’adjudant chef Seyba Diarra. Je me suis présenté en tant
qu’ancien militaire ; je lui ai dit que je venais chercher mon fils. Il
m’a dit qu’en tant qu’ancien du régiment des commandos parachutistes, que c’est
moi qui avais poussé mon enfant à faire de tels actes. En effet, je suis un
ancien du camp para, j’y ai fait 20 ans, puis trois ans à Kidal, une année à
Tombouctou. Je suis revenu à la Base avant d’aller à la retraite. Mais de là à
me rendre responsable de quelque chose que j’ignorais, c’est trop osé !
J’ai continué mes recherches jusqu’au jour où Cheick Modibo Diarra a demandé
aux parents des victimes d’aller s’inscrire. C’est ainsi que je me suis allé au
camp I, sinon à Kati, Seyba Diarra ne voulait même pas m’entendre parce qu’il
avait commencé à m’accuser. Après avoir fait ma déposition au camp I, comme
tous les autres parents, je suis resté sans suite. Un jour, j’ai décidé de
prendre contact avec un avocat du nom de Karembé qui a son cabinet à
Daoudabougou, il travaille à «Avocat sans frontière Mali», afin qu’il puisse
m’aider. Surtout que tous ceux qui étaient à Kati ont été par la suite mis à la
disposition de la gendarmerie. Mais je n’ai pas pu voir mon enfant, ni parmi
les blessés encore moins sur la liste de ceux qui étaient au Camp I. L’avocat
Karembé et moi avons été obligés d’aller à Kati pour savoir ce qui s’est passé
avec les autres détenus. Dès notre arrivée à Kati, on nous a dit d’aller voir
l’adjudant chef Seyba Diarra qui était en réunion. Nous l’avons attendu jusqu’à
14 heures. Après la réunion, il nous a dit qu’ils n’ont plus de détenus à Kati,
qu’ils les ont tous mis à la disposition de la gendarmerie. Mais Seyba s’est
trahi en disant ceci : «ancien, quelqu’un qui prend un fusil contre toi,
si ce n’est pas en démocratie quel sort peut-il lui être réservé ?». Sur
le champ, mon avocat lui a demandé de répéter ; il a refusé
catégoriquement. Il nous a dit d’aller voir les autorités si on veut savoir le
sort des autres détenus. Ce jour, avant de quitter Kati, il y avait un autre
avocat qui venait de sortir du bureau de Haya, qui a dit à Karembé, mon avocat,
que Haya vient de l’informer de l’existence d’une fosse commune à Diago, mais
qu’il était incapable de dire si mon fils s’y trouvait. C’est donc depuis ce
jour que j’ai appris l’existence d’une fosse commune. C’était quelques jours
après les événements. Nous sommes rentrés à la maison. Par la suite, nous avons
tous changé de lieu de logement, parce qu’ils avaient commencé à arrêter les
gens qui parlaient trop et ou cherchaient à connaître ce qu’ils ont fait. Après
tout cela, j’ai appris que mon fils avait été muté à Sévaré pour rejoindre les
troupes maliennes. Ça m’a soulagé un moment, mais en réalité, c’était une
manière de noyer le poisson dans l’eau. Mais Dieu ne dort pas : la réalité
est connue aujourd’hui avec la découverte des charniers. Nous avons même reçu
des documents de répartition de nos enfants dans les différentes unités de
compagnie, alors qu’ils avaient été tués. Tout avait été planifié, mais Dieu ne
dort pas : la vérité a éclaté. Tous ceux qui ont été arrêtés par le juge
Karembé ont posé des actes d’une manière ou d’une autre. Cependant, seul le
jugement peut prouver la véracité des actes des uns et des autres. Si certains
pensaient que Haya est venu ouvrir les yeux aux Maliens et l’appréciaient pour
cela, il faut quand même reconnaître que les actes qu’il a poussés n’ont jamais
été posés par un putschiste au Mali. Quand il y a eu la découverte du charnier,
ma femme a été hospitalisée 6 fois à la maternité de Markala ; elle ne
pouvait pas supporter cela. Haya avait un peloton d’exécution. Aucun militaire
n’a fait ce qu’il a fait au Mali, donc, il faut un bon procès pour que cela ne
se reproduise plus au Mali».
SOURCE: Le Reporter du 28 fév 2014.
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