Pour la décrispation dans les pourparlers sur le Nord… Le Gouvernement s’apprête à libérer discrètement une vingtaine de membres du MNLA
Pour la décrispation dans les pourparlers sur le Nord… Le Gouvernement s’apprête à libérer discrètement une vingtaine de membres du MNLA
Une cérémonie de remise des prisonniers MNLA à la Minusma par les autorités maliennes (photo archives)
Après avoir mené des incursions contre les positions de
l’armée malienne dans la région de Kidal au moment de la reconquête des
2/3 du territoire malien, plusieurs combattants du MNLA ont été faits
prisonniers de guerre. La plupart d’entre eux sont impliqués dans des
exactions contre les paisibles populations du septentrion malien. Mais
l’Accord de Ouaga du 18 juin 2013 suggère leur libération. Ainsi, deux
vagues de ces criminels ont été déjà libérées. Dans le cadre des
pourparlers qui viennent d’être amorcés, le gouvernement veut libérer
les derniers détenus.
Dix neuf personnes sont concernées par cette prochaine libération. Ce sont : Mohamed Ag Sayid, Moussa Ag Mohamed, Bilal Ag Akado, Noh Ag Ibrahim, Eolek Ag Taïbou, Ghissa Ag Mikal, Issouf Ag Gadidan, Abdoul Rahmane Ag Almostapha, Akly Ag Introufane, Mohamed Bay Ag Sanno, Abilal Ag Sidahmed, Ahmayad Mohamed Alhassane, Mohamed Ag Ahmed, Mahmoudane Ag Med Ibutal, Moussa Ag Sidi, Ouiye Ag Ibrahim, Almahmoud Ag Malick, Ghaly Ag Ilbak, Sidi Mohamed Ag Oumouss.
Rappelons qu’en marge des travaux de la Cour d’Assises
de l’année dernière, en transport à Ségou, le procureur général près la
Cour d’Appel de Bamako, Daniel Tessougué, avait été catégorique par
rapport à ces élargissements des criminels du MNLA : « Tant que je resterai procureur général, aucun prisonnier rebelle ne sera libéré! »,
avait-il martelé. Ce qui n’avait pas empêché les autorités de relâcher
ces bandits de grand chemin et autres trafiquants de drogue notoires
tombés sous le coup d’inculpations et de mandats de dépôts délivrés par
deux juges d’instruction de la Commune III de Bamako : Cheick Haoussa et
Fousseyni Togola.
Il faut préciser qu’à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, le président de la République avait vigoureusement réagi. » On
ne me bouscule pas. On ne me trimbale pas…Ceux qui n’ont pas de sang
sur les mains, ceux qui ne sont pas des jihadistes avérés, verront leur
sort allégé. Nous l’avons dit et nous le ferons. Tout cela doit se faire
dans le cadre de la confiance. Sans la confiance, rien ne peut être
réalisé » avait-il dit. La question se pose de savoir si ces personnes n’ont pas du sang sur leurs mains.
Cette énième libération de prisonniers de guerre et
autres criminels est de nature à heurter bien des susceptibilités quand
on sait que le chef de l’Etat n’a de cesse de marteler que nul ne sera
au-dessus de la loi.
Reste à savoir comment doit se sentir aujourd’hui le
procureur général près la Cour d’Appel, Daniel Amagoin Tessougué qui
disait, lors des précédentes libérations de ces rebelles : »
Lorsqu’un pays veut s’offrir des lendemains de pleurs et de sang, il
emprunte la voie de l’injustice. Après la crise que notre pays a connue,
les Maliens ont engagé la consolidation de l’Etat de droit et de la
démocratie. Cela passe par la justice. Au nom d’un prétendu Accord de
Ouagadougou qui n’est qu’un chiffon de papier sans valeur juridique, on
voudrait faire sortir de prison des gens qui ont volé, violé et massacré
des Maliens ! Je ne peux pas accepter que des voleurs de moutons soient
jetés en prison et que ceux qui ont commis des massacres, des viols,
soient libérés … « . Les magistrats parlent d’une grave violation
de l’article 81 de la Constitution qui dispose que le pouvoir
judiciaire est indépendant du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif.
Si l’on tient coûte que coûte à libérer les prisonniers de guerre
poursuivis, indique une source proche de la Cour d’Appel, il faut au
moins être légaliste : » Après le jugement des détenus, le chef de
l’Etat peut toujours, s’il le veut, gracier ceux qui auront été
condamnés. Quant aux députés, ils sont libres de voter une loi
d’amnistie en leur faveur.
En clair, le pouvoir législatif et le pouvoir
exécutif ont, chacun, les moyens juridiques de libérer les ennemis de la
nation mais ils ont peur de le faire car le peuple les regarde. Ils
veulent donc faire pression sur la justice pour que celle-ci fasse le
travail à leur place. « Cela, je m’y refuse absolument! La politique a son calendrier, la justice la sienne « ,
déclare un haut cadre de la magistrature. Pour ce magistrat du Parquet,
la réconciliation nationale est nécessaire, certes, mais elle ne peut
nullement se faire dans l’injustice.
Bruno DjitoSEGBEDJI
SOURCE: L'Indépendant du
19 mar 2014.
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