Dossier ukrainien : Le rôle controversé de la France La situation en Crimée rappelle étrangement celle de Kidal où la France pose un véritable acte de souveraineté – sur une partie du territoire malien – après avoir fait la part belle à des groupes armés
Dossier ukrainien : Le rôle controversé de la France La situation en Crimée rappelle étrangement celle de Kidal où la France pose un véritable acte de souveraineté – sur une partie du territoire malien – après avoir fait la part belle à des groupes armés
- Publié le 12 mars
Dépêches dumali.com
Il y a une drôle de similitude entre la situation à Kidal (Mali) et celle en Crimée (Ukraine). Quand les autorités françaises apparaissent en donneurs de leçons, voilà qui fâche plus d’un observateur qui estiment que la métropole se trompe de combat.
Selon le coprésident du parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, interrogé lundi sur BFMTV, « la révolution ukrainienne ne fait que commencer ». Si l’on ajoute à cela que la Crimée est une république autonome bénéficiant d’un statut particulier au sein de l’Ukraine, et s’est dotée d’une constitution le 26 décembre 1991, alors les ingrédients sont là pour que 2014 ne soit pas l’année de la résolution de cet imbroglio.
Deux situations presque identiques
Poussée certainement par son statut de puissance militaire et d’ancienne métropole, la France a cru bon de « secourir » le Mali au moment où les groupes armés amorçaient, en janvier 2012, leur progression vers le sud du Mali.
Ainsi, le gouvernement Hollande voulait on seulement aider à protéger la population malienne mais aussi et surtout les intérêts français au Mali. N’est-ce pas ce même état d’esprit qui anime les autorités russes pour justifier leur déploiement en Crimée ? En effet, Poutine affirme vouloir protéger la population à dominante russe de la Crimée.
Ainsi, alors qu’elle fait bloc à Kidal, empêchant les militaires maliens d’y pénétrer, la France dénonce et condamne l’attitude de la Russie en Ukraine. Certes les enjeux sont loin d’être les mêmes, mais il est évident que, dans les deux cas, des intérêts géostratégiques sont en jeu.
Du coup, beaucoup d’observateurs maliens apprécient mal la position de l’hexagone face à la situation en Crimée en Ukraine, où environ trente mille soldats russes sont déployés depuis le renversement du régime de Victor Ianoukovitch.
Réactions défavorables
Les leçons françaises dans le dossier ukrainien sont négativement appréciées de certains intellectuels maliens. Drainant ses voisins européens contre la décision de Vladmir Poutine de « vouloir protéger la population russophone en Crimée », le président Hollande n’a-t-il pas franchi un pas ?
La Russie est acculée et cernée de toutes parts. Nonobstant le chapelet de sanctions brandies, il ne ressortira rien de concret, aux dires du constitutionnaliste malien Moustapha Yalcouyé, du bras de fer de l’Union européenne sur l’Ukraine. « Simplement parce que la Russie n’est pas l’Ouganda et que les Européens n’ont aucun moyen réel de contraindre la Russie. » Et d’ajouter, au-delà des pro et anti Poutine, qu’il convient de se pencher sur la réalité de la situation.
Et un homme politique, Madani Tall, d’enfoncer le clou : « De même que Bismarck considérait la France et les autres pays d’Europe comme les colonies de la Prusse, la Russie considère les pays baltes comme des colonies russes. De fait, suite à une bataille multiséculaire, la Crimée dont il est question a été conquise sur les Turcs et les Tartares avec du sang russe, et il est plus qu’improbable que cette Russie laisse qui que ce soit y porter atteinte à son autorité, sous peine de voir son système d’influence s’effondrer. »
Arguant de ce que la géopolitique fait rarement appel aux sentiments, Madani Tall soutient que la Crimée, située à l’est de la Russie, abrite toutes les richesses de l'Ukraine. L’homme politique pense qu’il y a finalement lieu de s’interroger : « Quelle différence y a-t-il entre la France qui fait tampon à Kidal, disant protéger les populations, et la Russie qui fait tampon en Crimée pour les même raisons ? »
Dans les milieux profanes, l’on pense que les nations qui sont contre l'éclatement de l'Ukraine sont les mêmes qui œuvrent en sous-main pour diviser le Mali. « Ce sont les mêmes qui financent les rébellions dans l'Est de la RDC pour demain créer une nouvelle république dans le Kivu », indique Gaoussou Haïdara. Le journaliste préconise encore : « les Africains doivent changer de stratégie pour que l'Occident nous respecte. »
En définitive, la question reste la même en Crimée comme au Mali : lorsque l'on prend les mêmes problèmes avec les mêmes méthodes de résolution, peut-on atteindre des résultats différents ?
Par David Dembélé
Depechesdumali
Commentaires
Enregistrer un commentaire