Ce que gagnent les chefs d’Etat : IBK percevrait 3. 494 425 FCFA de salaire mensuel et 2.620 000 d’indemnités diverses Attentisme dans la formation du Gouvernement post-législatives : Les raisons de la pirouette d’IBK
La tradition républicaine
établie veut qu’au lendemain des élections législatives, un remaniement du
gouvernement soit opéré après l’installation de la nouvelle Assemblée
nationale. Le président de la République n’a pas voulu sacrifier à cette
tradition. Il a opté pour un attentisme qui a tout l’air d’un recul pour mieux
sauter. Ceci pour au moins trois raisons essentielles liées à la stabilité du
parti dont il est issu, à la fragilité du contexte sociopolitique et à la
bousculade dans les rangs des alliés politiques du RPM.
On a beau le nier, le parti présidentiel, le RPM
souffre d’une crise de leadership depuis l’ascension de son charismatique président,
Ibrahim Boubacar Kéita, sur la colline du pouvoir. Ce qui, malgré les
rodomontades des caciques du parti, a laissé la place ouverte à une convoitise
mesurée du Premier ministre Oumar Tatam Ly à combler ce vide. Ce qui ne
déplairait pas à IBK pour qui Oumar Tatam Ly apparait de plus en plus comme un
potentiel dauphin. Toute chose qui a attisé la soif des principaux lieutenants
de première heure du parti du tisserand à resserrer leur rang et faire échec à
toute velléité de parachutage.
La guéguerre entre deux clans dirigés l’un par le
Secrétaire général du parti, Bokary Tereta et l’autre par le Premier ministre
Oumar Tatam Ly, est passée par là. Il s’est agi pour les RPMistes de
développer un réflexe identitaire en vue de prouver que c’est véritablement le
parti du tisserand qui est le parti au pouvoir. Comment alors opérer un
réajustement de l’équipe gouvernementale dans un contexte de tant de méfiance
et de guerre larvée ? Une telle opération pourrait exacerber l’adversité chez
les cadres du parti qui voient en le Premier ministre le militant de la vingt
cinquième heure surtout qu’il est plus que probable qu’Oumar Tatam Ly va être
reconduit à son poste.
IBK a donc opté pour la stratégie qui consiste à
laisser le temps faire son œuvre afin que les ardeurs se calment entre le parti
et l’entourage direct du chef de gouvernement. C’est pourquoi, lors du dernier
Conseil des ministres, le président de la République a exhorté les membres du
gouvernement à poursuivre leurs efforts à la tête de leurs départements
respectifs. Histoire de couper court à toutes les supputations entre les
ministres.
Mais cela veut-il dire que IBK a renoncé à apporter à
court terme le réaménagement qu’il faut au gouvernement ? Rien ne permet de
l’affirmer dans la mesure où il nous revient que le chef de l’Etat et le chef
du gouvernement ne sont pas satisfaits du travail de certains ministres.
Par ailleurs, il semble que le contexte sociopolitique
précaire dans lequel vit le Mali avec un front social nuageux, une situation
sécuritaire encore fragile tant à Kidal que dans d’autres zones du territoire,
pousse le président de la République à opter pour cette « stabilité
provisoire ».
Comme l’analysait un observateur averti de la scène
malienne, la realpolitik impose de maintenir pour le moment le statu quo auquel
l’opinion est déjà habituée. En effet, avec la formation de ce gouvernement, le
8 septembre 2013, certains Maliens avaient dénoncé la nomination des
« anciens » (qui ont été ministres au temps d’alpha ou d’ATT) au sein
de l’équipe. D’autres n’avaient pas hésité à relever la promotion des proches
de la famille du chef de l’Etat. A présent que ces récriminations se sont
dissipées, IBK réfléchirait par deux fois avant d’apporter les changements
qu’il faut. Lesquels seront certainement jugés à l’aune des critiques mises en
veilleuse. Mieux vaut donc, disent de proches collaborateurs du locataire
de Koulouba, surseoir à prêter le flanc à de nouvelles réprobations, au moment
où IBK a besoin d’une forte homogéneité autour de lui dans le dossier de Kidal.
En outre, même s’il déclare à qui veut l’entendre
qu’il ne doit son élection à aucun parti, le président de la République ne
sous-estime pas la forte attente d’un renvoi d’ascenseur à ses alliés
politiques de sa majorité. Il est difficile d’envisager un nouveau gouvernement
dans lequel des partis comme la CODEM, l’ADP Maliba, le MPR, la CDS, le CNID,
SADI, FARE… ne seraient pas représentés. Déjà, l’on se bouscule au portillon
dans ces formations politiques pour siéger au Conseil des ministres. Le chef de
l’Etat préfèrerait donc se donner le temps d’appréhender toutes les données du
puzzle.
En sorte, le principe « Un tiens vaut mieux que
deux tu l’auras » a, semble-t-il, convaincu IBK de laisser la question de
la mise en place du nouveau gouvernement en stand by et de retrousser les
manches avec l’équipe en place afin de faire face aux pressants défis du
moment. Cet attentisme, qui a eu le défaut de baisser le régime de
fonctionnement de l’administration, peut aussi décupler le zèle de mieux faire
des ministres. Dans la mesure où ils savent qu’après tout, leurs jours au sein
de l’équipe gouvernementale seront à l’aune des efforts fournis.
Bruno Djito SEGBEDJI
SOURCE: L'Indépendant du 5 mars 2014
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